Birmanie : une vingtaine de manifestants tués, la junte déclare la loi martiale dans deux communes de Rangoun

Au moins 18 personnes ont été tuées dimanche, au lendemain d’un appel à la résistance lancé par un dirigeant de l’opposition. Il s’agit de l’un des bilans les plus lourds depuis le coup d’Etat militaire.

La répression franchit une nouvelle étape en Birmanie. La junte au pouvoir dans le pays a imposé la loi martiale dans deux communes de l’agglomération de Rangoun, capitale économique du pays, a annoncé la télévision d’Etat, dimanche 14 mars.

La junte donne « le pouvoir administratif et judiciaire de la loi martiale au commandant régional de Rangoun afin qu’il l’exerce [dans la commune de Hlaing Tharyar et celle de Shwepyitha] (…) afin d’assurer la sécurité, de maintenir l’Etat de droit et la tranquillité plus efficacement », a déclaré un présentateur du journal télévisé.

Cette annonce a été faite au terme d’une des journées les plus meurtrières depuis le coup d’Etat militaire du 1er février. Au moins 18 personnes ont été tuées lors des manifestations, qui continuent de mobiliser malgré le nombre croissant de morts parmi les opposants à la junte.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  La dégradation de la situation en Birmanie inquiète ses partenaires régionaux

Scènes de chaos

Des manifestants à Rangoun, le dimanche 14 mars 2021.
Des manifestants à Rangoun, le dimanche 14 mars 2021. STRINGER / REUTERS

Dimanche, des sit-in ont été organisés à Rangoun, la capitale économique, des marches se sont déroulées à Dawei (Sud) et des fonctionnaires ont brandi le portrait de Mme Suu Kyi lors d’un rassemblement à Monywa (centre). Dans la commune de Hlaing Tharyar, des policiers et des soldats ont affronté des manifestants armés de bâtons et de couteaux, qui se cachaient derrière des barricades de fortune et ont fui après que les forces de sécurité ont ouvert le feu.

« Je peux confirmer que quinze sont morts », a déclaré une femme médecin à l’Agence France-Presse, ajoutant qu’elle avait traité une cinquantaine de personnes blessées et qu’elle s’attendait à ce que le nombre de morts augmente. Selon le groupe de surveillance de l’Association d’assistance aux prisonniers politiques, qui vérifie les arrestations et les décès depuis le coup d’Etat, le bilan serait plus élevé.

Des manifestants dénoncent le coup d’Etat militaire à Rangoun, le dimanche 14 mars 2021.
Des manifestants dénoncent le coup d’Etat militaire à Rangoun, le dimanche 14 mars 2021. AP

Dans le quartier de Tamwe, à Rangoun, le journal du soir a confirmé un autre décès, déclarant que des centaines de manifestants avaient tenté d’incendier un poste de police, avant que les autorités n’ouvrent le feu pour les disperser.

Des scènes de chaos similaires se sont déroulées tout au long de la journée dans d’autres régions du pays, avec une personne tuée par balle dans la ville de Hpakant, dans le nord de la Birmanie, et une femme tuée d’une balle dans la tête à Mandalay, la deuxième ville du pays.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  « Relayer la voix des Birmans est une urgence »

« Il faut que le soulèvement l’emporte »

Ces manifestations ont eu lieu au lendemain d’un vibrant appel à la résistance contre cette « dictature injuste » lancé par un dirigeant de l’opposition, Mahn Win Khaing Than.

« Il faut que le soulèvement l’emporte », a déclaré M. Than dans une vidéo publiée samedi soir sur la page Facebook du CRPH, le comité pour représenter le Pyidaungsu Hluttaw – l’Assemblée de l’Union, organe législatif birman –, un parlement fantôme constitué par d’ex-députés élus passés à la clandestinité, pour la plupart. « C’est le moment le plus sombre de la nation et la lumière de l’aube est proche », poursuivait Mahn Win Khaing Than, un ancien président du Parlement qui a été désigné par le CRPH la semaine dernière comme vice-président par intérim et dirige à ce titre le gouvernement d’union, selon le comité.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Birmanie : la « résistance » au coup d’Etat tente de mettre en place une administration parallèle

Depuis la prise du pouvoir par une junte, des manifestations se poursuivent quotidiennement pour réclamer le retour de la démocratie et la libération d’Aung San Suu Kyi. Elles sont durement réprimées par les forces de l’ordre, avec des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc mais également des balles réelles. La répression a fait plus de 80 morts, estime un groupe local qui comptabilise les victimes.

Dimanche soir, l’émissaire de l’ONU pour la Birmanie, Christine Schraner Burgener, a « vigoureusement » dénoncé « le bain de sang » en cours dans ce pays. « La communauté internationale, et notamment les acteurs régionaux, doivent s’unir en solidarité avec le peuple birman et ses aspirations démocratiques », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

Le Monde avec AFP

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire aussi

Journée de l’excellence scolaire : 99 lauréats reçoivent les félicitations du président du Faso

Le président du Faso Roch Marc Christian Kaboré a présidé ce 3 août 2021 la journée de l’e…