Photo Merkel Bourita 2019

Sahara occidental, négociations sur la Libye, activité des fondations allemandes… Alors que Rabat a décidé de « suspendre tout contact » avec l’ambassade d’Allemagne au Maroc, les médias marocains évoquent « un cumul de faux pas »

Dimanche, le chef de la diplomatie marocaine Nasser Bourita a ainsi détaillé dans un courrier au chef du gouvernement Saâdeddine el-Othmani la décision de Rabat de « suspendre tout contact » avec l’ambassade d’Allemagne au Maroc, en raison de « malentendus profonds » avec Berlin sur différents dossiers, dont la question du Sahara occidental.

Quels sont ces points de friction ?

« Le Maroc souhaite préserver sa relation avec l’Allemagne, mais c’est une forme d’alerte exprimant un malaise sur de nombreuses questions », a confirmé à l’AFP un haut responsable du ministère des Affaires étrangères joint par l’AFP lundi soir. « Il n’y aura pas de contact tant que des réponses ne seront pas apportées sur différentes questions qui ont été posées », a-t-il souligné.

La position allemande sur le Sahara occidental

Selon le haut responsable des Affaires étrangères, la position de l’Allemagne sur le Sahara occidental serait au cœur de ces tensions. 

Berlin, « drapé derrière la formule diplomatique consacrée de la ‘’solution politique juste, durable et acceptée entre les deux parties sous les auspices des Nations unies’’ », comme le rappelle le site marocain Yabiladi, n’a pas caché ses réserves sur la décision de Donald Trump de reconnaître la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental en échange d’une normalisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël. 

« Être porte-plume [des résolutions sur le Sahara occidental] vient avec de la responsabilité. Cela s’accompagne d’un engagement fort pour résoudre un problème, il faut être juste, il faut être impartial, il faut avoir à l’esprit l’intérêt légitime de toutes les parties et il faut agir dans le cadre du droit international », avait déclaré l’ambassadeur allemand à l’ONU Christoph Heusgen le 24 décembre. « La solution définitive du problème doit s’effectuer dans un cadre onusien, conformément aux résolutions internationales y afférentes », avait-il aussi insisté.

La mise à l’écart des négociations sur la Libye

Avant cela, Rabat n’avait déjà pas apprécié d’être tenu à l’écart, tout comme la Tunisie, de la conférence internationale sur la Libye à Berlin en janvier 2020. Et le Maroc avait, à l’époque, officiellement exprimé son « profond étonnement » via un communiqué des Affaires étrangères. 

L’ « ingérence » des fondations allemandes

Un autre sujet de tension mine depuis plusieurs années les relations entre les deux pays : les fondations politiques allemandes. 

En décembre 2019, la lettre confidentielle Africa Intelligence révélait que le ton était monté d’un cran entre Rabat et Berlin à propos des fondations Konrad Adenauer, Friedrich Ebert, Friedrich Naumann et Hanss Seidel et que la négociation du « partenariat pour les réformes multisectorielles » avait été interrompue.

Le cas Mohamed Hajib

Photo Mouhamed HAJIB 2018

Plusieurs médias marocains évoquent enfin un autre sujet de discorde : l’affaire du germano-marocain Mohamed Hajib. 

Arrêté en 2009 lors d’un voyage au Pakistan, Mohamed Hajib, d’abord détenu sur place puis arrêté en Allemagne avant d’être relâché à la condition qu’il retourne au Maroc, avait été condamné à dix ans de prison – une peine ramenée deux ans plus à cinq ans – pour des infractions liées à du « terrorisme ».

Installé aujourd’hui en Allemagne, il avait annoncé en août 2020 sur Facebook faire l’objet d’un mandat d’arrêt international lancé par le Maroc. Le 8 février 2021, il s’était réjoui dans un tweet qu’Interpol retire son nom de la liste des personnes recherchées, qualifiant cette décision de « coup dur pour la police marocaine ». 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Lire aussi

L’Euro 2021 vu d’Afrique : Allemagne-Portugal, un soupçon de Côte d’Ivoire-Cap-Vert

Il a ébloui le monde à l’Euro 2016 avec le Portugal. Renato Sanches et sa sélection finiro…