Jean louis billon

Après toutes les péripéties subies par l’arène politique ivoirienne, tout le monde observe les mouvements stratégiques de la nouvelle garde qui avance prudemment ses pions. Au nombre de ces nouvelles têtes, on retrouve Jean-Louis Billon, nouveau cador du PDCI.

En Côte d’Ivoire, le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) avance ses pions, dans le mystère le plus total, après le fiasco du boycott des élections présidentielles de 2020. Au sein de ses cadres, Jean-Louis Billon, le fortuné ancien ministre du Commerce fait partie des favoris pour mener le futur de la classe politique ivoirienne.

Jean-Louis Billon

Jean-Louis Billon : « La Côte d’Ivoire a besoin d’un nouvel élan pour rebondir »

Encore faut-il pouvoir nouer les bonnes alliances. L’intéressé négocie donc actuellement avec le régime en place pour lever les restrictions touchant le fonctionnement du PDCI.

Presque candidat en 2020

« La Côte d’Ivoire a besoin d’un nouvel élan pour rebondir, d’une gouvernance exigeante en matière de lutte contre la corruption et d’un grand débat démocratique. Construire la Côte d’Ivoire de demain commence maintenant. C’est pourquoi je choisis, avec ma liberté de ton et d’action, de m’engager pleinement, dès aujourd’hui, au service de notre pays et de nos concitoyens, pour bâtir ensemble cette nouvelle Côte d’Ivoire ». Cette déclaration de Jean-Louis Billon, datant de mai 2018, était très proche de ce qu’on attend de quelqu’un qui annonce sa candidature aux élections présidentielles. Seulement, ça, Jean-Louis Billon ne l’a jamais prononcé expressément…

Le riche Ivoirien est resté dans la suggestion. Au lieu de multiplier les déclarations, il a préféré créer un site web dédié à son actualité et devenir beaucoup plus actif sur les réseaux sociaux. A quelques semaines près, certains Ivoiriens le voyaient même se déclarer candidat, avant que la candidature d’Alassane Ouattara ne chamboule tous les agendas.

Jean-Louis Billon: A quelques semaines près, certains Ivoiriens le voyaient même se déclarer candidat, avant que la candidature d’Alassane Ouattara ne chamboule tous les agendas.

« On s’attendait à voir en 2020, une véritable démocratie avec une vraie passation de charges entre un ancien président et un nouveau président, et avec un taux de participation important aux élections. Finalement, tout cela n’a pas eu lieu », a déploré Jean-Louis Billon. De toutes les manières, il devrait retenter sa chance en 2025, tant il semble s’imaginer un avenir au palais présidentiel.

Itinéraire d’un entrepreneur qui se rêve président

En Côte d’Ivoire, Jean-Louis Billon nourrit de nombreux fantasmes, à cause de son énorme fortune familiale. En effet, l’actuel porte-parole du PDCI est le fils de Pierre Billon, fondateur de la Société immobilière et financière de la Côte africaine (SIFCA), un important groupe agro industriel ivoirien actif sur les marchés de l’huile de palme, du caoutchouc et du sucre. Né le 8 décembre 1964, une cuillère en or dans la bouche, l’Ivoirien a connu l’enfance classique du rejeton d’une famille très fortunée. D’ailleurs, dans des propos que lui prête la presse française, il confie s’inspirer de Félix Houphouët-Boigny et de Jacques Chirac « auprès desquels il jouait enfant ».

Né le 8 décembre 1964, une cuillère en or dans la bouche, l’Ivoirien a connu l’enfance classique du rejeton d’une famille très fortunée. D’ailleurs, dans des propos que lui prête la presse française, il confie s’inspirer de Félix Houphouët-Boigny et de Jacques Chirac « auprès desquels il jouait enfant ».

Après ses études secondaires, il obtient une maîtrise en droit des affaires de l’université de Montpellier, puis un diplôme de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), avant de partir poursuivre ses études aux Etats-Unis. En Amérique, il obtient un master en affaires internationales à l’université de Floride.

Jean-Louis Billon

Jean-Louis Billon: Né le 8 décembre 1964, une cuillère en or dans la bouche.

Il débute sa carrière professionnelle aux Etats-Unis chez le négociant de cacao Grace Cocoa, avant de revenir en Côte d’Ivoire, en 1995, au sein du groupe SIFCA, comme secrétaire général de l’entreprise familiale. 5 ans après, il est nommé directeur général de l’entreprise. Après la mort de son père, Jean-Louis Billon est nommé président du conseil d’administration de la SIFCA, en décembre 2001. La même année, il est élu maire de Dabakala, d’où est originaire sa famille paternelle, et désigné membre du Conseil économique et social.

Durant la crise politico-militaire qui débute en 2002, il reste en Côte d’Ivoire et participe même, en 2004, à la création de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) pour contribuer au rétablissement de la paix.

Durant la crise politico-militaire qui débute en 2002, il reste en Côte d’Ivoire et participe même, en 2004, à la création de la Convention de la société civile ivoirienne (CSCI) pour contribuer au rétablissement de la paix.

Avant cela, toujours en 2004, il est nommé vice-président pour l’Afrique de l’Ouest de la Conférence permanente des Chambres consulaires africaines et francophones. De 2002 à 2012, il est également le président de la Chambre de commerce et d’industrie de Côte d’Ivoire. Durant la crise électorale qui s’est déroulée entre 2010 et 2011, il défend les intérêts des entreprises. Le 22 novembre 2012, le président Alassane Ouattara le nomme ministre du Commerce, de l’Artisanat et de la Promotion des petites et moyennes entreprises. Il doit alors abandonner sa casquette de chef d’entreprise, alors que ses affaires sont florissantes. A ce poste, il dit avoir voulu lancer des initiatives en faveur des opérateurs économiques en luttant contre la corruption et contre les monopoles.

Jean-Louis Billon

« J’avais peur de ne pas avoir assez de marge de manœuvre »

Sa fonction ministérielle sera d’ailleurs marquée par un clash avec Bolloré Africa Logistics. Alors que le groupe a déjà le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan dans son escarcelle, il obtient le second terminal en 2013, aux côtés d’APM Terminals et Bouygues Travaux publics, ce qui déclenche la fureur de Jean-Louis Billon. « C’est très simple, la loi dit qu’il est interdit de créer une position dominante. Il y a déjà une position dominante et elle est renforcée. Je me demande pourquoi, chaque fois qu’on arrive sous les tropiques, on se permet ce qu’on ne ferait jamais chez soi », déclare le ministre sur l’affaire.

« C’est très simple, la loi dit qu’il est interdit de créer une position dominante. Il y a déjà une position dominante et elle est renforcée. Je me demande pourquoi, chaque fois qu’on arrive sous les tropiques, on se permet ce qu’on ne ferait jamais chez soi »

Le groupe Bolloré se défend en accusant le ministre de partialité. Movis, la société que dirige le frère de Jean-Louis Billon, a échoué à remporter le même appel d’offres. Des tensions naissent même au sein du gouvernement quand Hamed Bakayoko, alors ministre de l’Intérieur, reproche, à la télévision publique, à Jean-Louis Billon, l’implication de sa famille. Cet épisode fragilisera sa position au sein d’un gouvernement qu’il quittera en janvier 2017.

Traître pour certains, incertain selon beaucoup

Jean-Louis Billon ne semblait pourtant pas très déçu par son éviction. « Pour moi, c’était un soulagement. J’avais peur de ne pas avoir assez de marge de manœuvre », explique-t-il. Mais, de la marge de manœuvre pour quoi ? Les élections de 2020, peut-être. Quoi qu’il en soit, l’ancien ministre subit une autre déconvenue quelques mois plus tard. Le 12 juillet 2017, il est suspendu de ses fonctions de président du Conseil régional du Hambol, fonction qu’il exerçait depuis 2013. Son éviction a été décidée en Conseil des ministres. En théorie, la décision est prise pour calmer la crise qui consume le Conseil où 18 des 31 membres, militants du Rassemblement des républicains (RDR), reprochent à l’ancien ministre, son rapprochement avec le parti démocratique de Côte d’Ivoire, dirigé par Henri Konan Bédié, l’ami de son père, alors qu’il avait été élu sous la bannière du RDR d’Alassane Ouattara.

Il faut savoir qu’il est également à cette époque porte-parole du PDCI

En 2004, il s’était également brouillé avec l’ancien président Laurent Gbagbo lorsque le gouvernement avait octroyé le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan au groupe Bolloré.

En 2004, il s’était déjà brouillé avec l’ancien président Laurent Gbagbo lorsque le gouvernement avait octroyé le premier terminal à conteneurs du port d’Abidjan au groupe Bolloré.

« Je n’ai jamais cru en la sincérité de cet homme. C’est un opportuniste », confie un proche de Laurent Gbagbo sous anonymat. Et pour des proches du RDR, Jean-Louis Billon est « un traître ». Au sein de son parti, l’intéressé semble avoir mis en sourdine ses ambitions présidentielles, pour se mettre au service de celles d’Henri Konan Bédié. Mais alors que le pouvoir pourrait passer à une classe politique plus jeune en 2025, Jean-Louis Billon, récemment élu député, affûte probablement ses armes.

Servan Ahougnon

(Agence Ecofin)

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