Frustré et lourdement armé, il a exécuté neuf de ses collègues: le tireur qui a semé la mort dans un dépôt de bus et de trains en Californie est le cauchemar de tout employeur aux Etats-Unis.

Samuel Cassidy, un homme blanc de 57 ans, a tiré une quarantaine de coups de feu mercredi dans une entreprise de transports publics de San Jose, où il travaillait à la maintenance. « Il était très rapide, déterminé, il savait où les employés seraient », a expliqué la shérif Laurie Smith sur la chaîne NBC.

A l’arrivée de la police, il s’est suicidé. Trois pistolets semi-automatiques et 32 chargeurs ont été retrouvés sur lui.

A son domicile, où il avait vraisemblablement mis le feu avant de partir commettre ses crimes, les enquêteurs ont retrouvé douze armes à feu et quelque 22.000 munitions de diverses sortes, a indiqué le bureau de la shérif vendredi. Plusieurs bidons d’essence et des cocktails molotov ont également été découverts.

Les autorités ont refusé de spéculer sur ses motivations, mais l’ont décrit comme « un employé très mécontent depuis des années ». Il pourrait avoir choisi ses victimes, puisqu’il a dit à un collègue: « Je ne vais pas te tuer ».

Son ex-femme a affirmé que lors de leur mariage, rompu en 2005, il se plaignait souvent de son travail. « Il pensait que d’autres s’en sortaient mieux et qu’on lui donnait toujours le boulot le plus dur », a expliqué Cecilia Nelms au journal Mercury News, en décrivant un homme sujet à de brusques sautes d’humeur.

En 2016, de retour d’un voyage aux Philippines, ses bagages avaient été fouillés. Les agents des douanes y avaient trouvé des « livres sur le terrorisme » et des notes sur sa détestation pour son entreprise, selon une note du ministère de la Sécurité intérieure, révélée par le Wall Street Journal.

Une porte-parole du ministère a refusé de commenter « une enquête en cours », tout en soulignant les efforts entrepris pour « identifier les comportements associés à des violences et améliorer le partage d’informations » entre les différentes agences gouvernementales.

« On ne peut pas identifier les gens à l’avance, même s’ils disent + je vais tuer ce type+, », relève toutefois James Alan Fox, criminologue à l’université du Nord-Est à Boston et spécialiste des violences dans le monde du travail.

Pour lui, dans les entreprises, il y a souvent « des gens inquiétants, qui présentent les caractéristiques des auteurs de fusillades, mais la grande majorité d’entre eux ne fera jamais rien d’autre que se plaindre ».

– « Devenir timbré » –

D’ailleurs, note-t-il, les assassinats sur le lieu de travail sont « rares », rapportés à la taille de la population active et compte-tenu de la grande circulation des armes à feu aux Etats-Unis, où un tiers des adultes possède au moins une arme.

En 2017, il y a eu 458 homicides dans des entreprises, selon les dernières statistiques officielles, mais « seuls » 77 ont été commis par des employés ou collaborateurs (des proches ou des clients mécontents étaient les autres auteurs).

Le phénomène n’est pas nouveau. Des années 1970 à 1990, des employés ou d’anciens employés avaient fait une quarantaine de morts dans une série d’attaques contre les services postaux, si bien que les Américains ont inventé la formule « going postal » (devenir timbré) pour décrire les accès de violence dans le milieu du travail.

La pandémie avait offert une parenthèse. Mais la réouverture de nombreuses entreprises s’accompagne d’un retour des violences dans le milieu professionnel. En avril, un employé a fait un mort dans un magasin de meubles du Texas et un ancien salarié a tué huit personnes dans un centre de tri postal du groupe FedEx à Indianapolis.

Les entreprises, qui sont légalement tenues d’offrir un cadre de travail sûr à leurs effectifs, sont de plus en plus conscientes de ce risque et tentent d’apporter des réponses. Quelque 45% des employés américains disent que leur entreprise a mis en place une politique de prévention des violences, selon une étude de la Society for Human Resources Management (SHRM).

Cette organisation, spécialiste en ressources humaines, conseille plusieurs mesures à adopter, allant de l’identification des situations à risque, à l’accompagnement des personnes licenciées en passant par la formation des salariés en cas d’attaque armée (donner l’alerte, fuir, se cacher…)

« On a appris des leçons au fil du temps », confirme James Alan Fox. Mais, ajoute-t-il, « une entreprise peut faire de son mieux, bien traiter ses employés, il y aura toujours des insatisfaits. Et puisqu’il y a tellement d’armes dans ce pays, certains s’en serviront pour exprimer leurs griefs. »

Ce contenu provient de TV5

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