Il s’est passé tout de même 21 ans déjà, après votre passage à Sydney. Que devient Eric Moussambani aujourd’hui ?

(Rires). Après les Jeux Olympiques de Sydney en 2000, Eric Moussambani est devenu une icône dans la natation équatoguinéene et même mondiale. Je suis devenu le sélectionneur de l’équipe de Guinée équatoriale, et pour finir, j’ai été fait ambassadeur itinérant de mon pays, il y a quelques années.

Quel souvenir avez-vous gardé de ces moments à Sydney ?

J’ai gardé beaucoup de souvenirs. Mais, ce sur quoi je dois m’attarder, c’est qu’à cette époque, je ne m’étais pas bien préparé. Je n’avais jamais vu une piscine Olympique de ma vie. Mais je dois vous avouer que le public m’avait beaucoup encouragé. Il avait loué mon courage et mon abnégation. Et cela m’a marqué.

Racontez-nous ce jour-là à Sydney ?

Je n’ai jamais eu autant d’émotion que ce fameux jour à Sydney. Quand j’entendais les cris des spectateurs, je me sentais survolté. Quand le coup d’envoi avait été donné, presque tout le stade scandait mon nom. Et j’entendais les « aller ! aller Eric ». Et cela m’a donné une force supplémentaire pour aller jusqu’au bout de la course, même si le résultat a été celui que vous connaissez.

Eric Moussambani-JO Sydney-Natation

Eric Moussambani

                                               «Sydney a changé ma vie»

Sydney-a-t-il changé votre vie ?

Oui bien sûr. Sydney m’a permis d’être connu dans le monde. Sydney a permis à ce que dans mon pays, on installe deux piscines olympiques à Malabo et Bata. Je suis d’ailleurs en train de former les jeunes équatoguinéens qui s’intéressent à la natation.

Comment avez-vous été accueilli ici à Malabo au retour de Sydney ?

J’avais été reçu comme un roi. Je ne pouvais même m’imaginer un tel accueil. Le chef de l’Etat en personne Teodoro Obiang Nguema Mbasogo était venu me recevoir à l’aéroport. Il y avait aussi ma famille, mes amis et des milliers d’anonymes équatoguinéens.

Avez-vous été récompensé par la suite par les autorités locales ?

Oui tout à fait ! J’avais reçu la médaille du courage. Le Chef de l’état m’avait offert une récompense financière consistante pour avoir participé au rayonnement de mon pays. Je n’étais âgé que de 21 ans à l’époque. Donc j’avais laissé le soin à maman de s’occuper de tout cela. A ce jour, je continue de recevoir des demandes d’amis sur les réseaux sociaux, des appels téléphoniques de par le monde, des demandes d’interview. Aujourd’hui de nombreux jeunes garçons refusent de se rendre aux entrainements, tant qu’ils ne me voient pas présent. Parce que je suis un modèle pour eux.

Que pensez-vous de Juanita Eyang Ndong Eyang qui sera présente aux Jeux Olympiques de Tokyo ?

C’est une bonne chose pour elle ! Mais elle doit avoir la force et le caractère. Elle se trouvera en face d’adversaires très professionnels, de grande taille surtout et cela peut être un handicap pour Juanita, parce qu’elle est de petite taille. Maintenant, il lui faut avoir une force intérieure qui pourra pousser son orgueil au-delà de tout. Sa discipline militaire lui sera aussi d’un grand soutien. Elle doit être d’abord fière d’elle. Et de là, une force naitra en elle.

                   «En réalité, je ne savais même pas que c’était les JO»

 

Revenons aux Jeux Olympique de Sydney. Pourquoi aviez-vous accepté de vous rendre à cette compétition internationale sans préparation ?

En réalité, je n’avais jamais su qu’il s’agissait des Jeux Olympiques. On m’avait juste dis, « tu vas nager ». On ne m’avait jamais dit où cela allait avoir lieu, comment ça devait se passer, pourquoi je devais nager, encore moins quand.

De qui venaient ces consignes ?

(Rires…) je garde ça pour moi. Je ne peux pas vous le révéler.

Et pourquoi ?

Parce que c’est personnel.

Une fois à Sydney, que s’était-il donc passé ?

Une fois à Sydney, je me rends donc compte qu’il s’agissait d’une compétition de grande envergure. C’est alors à ce moment-là, qu’on m’a dit, que j’allais nager juste sur une distance de 50 mètres nage libre. Je pensais donc que je serais seul sur la piste de nage. Un peu avant de rentrer dans le stade, on m’a finalement dit que j’allais nager le 100 mètres. Vous voyez, je ne savais même plus exactement ce qui se passait.

Et c’est là que le stress avait commencé. Non seulement je ne connaissais pas ce qu’était le 50 mètres nage libre, mais en plus il s’agissait du 100 mètres nage libre. Moi qui ne m’étais entrainé que dans une petite piscine d’environ 12 mètres ici à Malabo, et tout seul en plus, parce que je n’avais pas d’entraineur. Je me rendais ensuite à la plage, nager dans la mer, me voilà devant des dizaines de milliers de personnes devant une piscine aussi grande.

Ça avait été un choc pour vous ?

Tout à fait ! Après cette phase mouvementée à Sydney, je dois vous avouer, qu’à mon retour, le Président de la République Obiang Nguema m’avait posé la question suivante. « Mais Eric Moussambani, qui s’est occupé de votre préparation ? » Je lui avais répondu « Monsieur le président, personne. Je l’ai fait tout seul». Et il avait continué «oh ! Vous avez du courage. Parce que c’est pas du tout évident de se rendre dans une compétition pour être en face de gens bien entrainés. Je loue beaucoup votre persévérance. Vous êtes une fierté pour notre pays». Et ces paroles m’ont montré que je valais quelque chose.

Entretien réalisé par Fabien ESSIANE

 

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